18/05/2014

Port du voile : vision d’une femme occidentale

Port du voile : vision d’une femme occidentale

n.c.

Page 18

Jeudi 26 juin 2008

Carte blanche

Ines Wouters Avocate

Considérer le voile comme symbole strictement religieux me semble être une erreur. Le voile est d’abord un fait culturel. Ensuite s’y est ajoutée une recommandation à caractère religieux. Dans les pays arabes, n’oublions pas que les hommes portent aussi un voile. La prescription du Coran pour les femmes est d’être pudique. Il n’est donc pas étonnant, pour des raisons historiques, que voile et pudeur aient été intimement liés.

Je suis née dans une famille chrétienne, à vrai dire très peu pratiquante. Or, nos mères nous recommandaient aussi de ne pas être provocantes. Cela me paraît relever d’un certain bon sens et je n’ai jamais ressenti cette recommandation comme oppressante.

La pudeur est une notion a contenu variable, d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre et d’une époque à l’autre.

L’importance de la famille comme institution sociale et source de sécurité sociale (assurance-maladie, chômage, vieillesse, etc.) a aussi changé avec le temps et diffère d’une culture à l’autre. Mais les besoins restent les mêmes : protéger les enfants, les malades, les plus faibles, les personnes âgées, etc.

Notre « liberté » a un corollaire, que nous ne saisissons pas toujours bien, qui est une emprise assez grande de l’état sur nos vies privées à qui les responsabilités et l’entraide familiale ont été transférées. Nous finançons ce système avec nos impôts et nos cotisations. C’est le prix à payer pour notre « liberté ».

Les sociétés islamiques connaissent un système d’entraide mais dont la responsabilité revient principalement aux familles et aux individus qui la composent et non à l’Etat. Les notions de rôle et de responsabilité y sont donc importantes. C’est le prix à payer pour leur « solidarité ».

Il faut donc voir les choses dans leur ensemble et dans leur équilibre et non juger un aspect d’une société sans aborder les autres.

L’Occident prône l’égalité des sexes et le respect de la femme. Le corps des femmes y est pourtant utilisé fréquemment pour vendre tout et n’importe quoi. Pour d’aucuns, c’est un véritable double langage, la femme étant perçue comme un simple objet « vendu » au désir des hommes. La culture arabo-musulmane veut aussi respecter et protéger les femmes, à sa manière, mais c’est cette protection qui est vue par certains comme une soumission de la femme à l’homme, ce qui est aussi perçu comme un double langage. Nous avons tous, il faut bien le dire, nos contradictions et nos habitudes.

Il faut dès lors éviter que des prescriptions ou des usages destinés à protéger les femmes se retournent contre elles et de justifier ainsi des comportements masculins irrespectueux au motif qu’une femme ne portant pas le voile ne mérite pas le respect. Mais à l’inverse, une femme qui décide de porter le voile ne doit pas non plus devenir l’objet de pressions et de clichés au motif qu’elle devrait se « libérer » et se « moderniser » en l’enlevant.

Les deux attitudes sont à mon sens des abus qu’il convient d’éviter de part et d’autre.

Faut-il accepter que l’on porte le voile en Occident ? Le plus simple ne serait-il pas de s’adresser aux gens concernés ? En fin de compte, c’est eux et surtout elles que cela regarde et c’est à nous de l’accepter.

Nous avons tous à apprendre de la diversité et à nous enrichir de nos différences. Le monde musulman nous rappelle (notamment) certaines valeurs familiales, faites de responsabilité et de solidarité. Notre contact leur apporte aussi beaucoup. Laissons donc chacun de nous faire la digestion des apports au sein de nos cultures respectives. On aura tous à y gagner. Et abstenons-nous si possible de procéder à des stigmatisations hâtives qui me paraissent au mieux inutiles et au pire contre-productives.

 

23:03 Écrit par In | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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