18/03/2009

L'expression du fait religieux dans la sphère publique

L'expression publique du fait religieux suscite bien des questions au sein d'une société belge qui vit parfois difficilement à la fois le déclin de la "religiosité traditionnelle", que l’on croyait une fois pour toute acquise à la « laïcité », et le développement d'une nouvelle forme de religieux.

La laïcité organisée, qui s'est dans l'ensemble construite face au catholicisme semble perdre certains de ses moyens face à d'autres formes de « religiosité ».

L'"appartenance religieuse", et surtout son expression dans la sphère publique, sont perçues, par certains du moins, comme une menace à la « laïcité ». Est ce vraiment le cas ? De quelle laïcité parle-t-on ? S'agit il d'une conviction philosophique athée, ou d'une attitude d'esprit neutre et tolérant ? Peut on être à la fois authentiquement religieux et authentiquement laïc (dans le deuxième sens de ce terme)?

L’usage des mots est parfois révélateur.

L'expression « appartenance religieuse» souvent utilisée semble indiquer qu'on appartiendrait à une « religion ». Vue sous cette angle, la religion est perçue par certains comme « une limitation » à la liberté.

L'usage du mot « conviction » au lieu d' «appartenance » semble supposer qu'on serait « convaincu » et dès lors qu'on n'aurait plus de place pour  le « doute » ce qui serait perçu comme une limitation à la  capacité de jugement.

L’expression « croyance religieuse », semble alors indiquer que l'esprit  critique n' aurait pas de place, une « croyance » étant généralement perçue comme étrangère à la raison, à l'analyse individuelle et à la critique.

Pour certains religieux (et pour certains athées), la religion serait une appartenance, une croyance ou une conviction de type « identitaire ». Elle serait certes l'expression d'une liberté, à savoir celle de l'individu qui se définit librement en tant que citoyen ou qui se prévaut d'une appartenance culturelle, mais en même temps est perçue par certains comme une limitation puisqu'une fois ce choix fait, ou une identité culturelle établie, on s'y conformerait et, le cas échéant, s'expriment sur cette base des revendications de type identitaire.

Il est évidemment difficilement concevable d'appartenir à une « religion ». On peut éventuellement être « soumis » à des institutions religieuses ou à des règles sociales. Mais alors qu'est ce qu'une « religion » sans ses institutions et les règles sociales qui s'y rattachent ? Quelle est la différence avec une « voie spirituelle »

D'autre part, une « conviction », même religieuse, n'exclut pas nécessairement le doute. Tout d'abord une conviction répond souvent à un doute, qui est dès lors souvent le préalable. Mais en outre une conviction n'exclut nullement la capacité de changer et de les mettre en doute. En cela la conviction se distingue du dogmatisme.

Finalement, une "croyance" ne se fonde pas nécessairement sur l'absence de raison, mais au contraire peut se fonder sur une compréhension profonde.

La religion est l'objet de bien des préjugés tenaces. Si effectivement les convictions religieuses et spirituelles peuvent apparaître comme le prétextes à des replis identitaires, surtout si elles s'attachent à des traditions culturelles, elles peuvent aussi exprimer l'inverse et devenir un chemin d'ouverture vers les autres et devenir un véritable instrument de "laïcité". Tout dépend à la fois de chaque personne mais aussi de la façon dont le fait religieux la spiritualité sont perçus au sein de la société. Il y a à ce sujet encore du chemin à faire. En effet, si notre droit contient tous les principes permettant cette libre expression du fait religieux dans la sphère publique, notre société est trop souvent sujette à des reflex défensif de type identitaire.

Un travail sur nos vraies valeurs fondamentales, au dela de leurs aspects culturels et de certaines habitudes de vie permettra à mon avis d'établir un véritable dialogue transcendant les différences culturelles et des bases plus stables dans un monde où la cohabitation est inévitable.

Inès Wouters

http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/carte-blanche-...

 

23:46 Écrit par In dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |